Comment se retourner contre un expert-comptable ?

Erreur comptable, conseil inadapté, retard dans les déclarations : votre expert-comptable a commis une faute qui vous cause un préjudice financier ? Vous avez des recours, et ils suivent un ordre précis. Réclamation écrite, mise en jeu de l'assurance RC pro, médiation du conseil régional de l'Ordre, puis action en responsabilité civile devant le tribunal : voici la marche à suivre, les délais et les preuves à réunir pour obtenir réparation.

Recours contre un expert-comptable
Sommaire

En bref : comment se retourner contre un expert-comptable ?

Procédez par paliers. Adressez d'abord une réclamation écrite en recommandé, puis demandez la mise en jeu de l'assurance RC pro de l'expert-comptable. Si le dialogue est rompu, sollicitez la médiation du conseil régional de l'Ordre. En dernier recours, engagez une action en responsabilité civile devant le tribunal, dans un délai de 5 ans.

1. La responsabilité de l'expert-comptable : ce que dit la loi

Un expert-comptable inscrit à l'Ordre engage sa responsabilité civile professionnelle dès lors qu'il commet une faute dans l'exercice de ses fonctions. Cette responsabilité est double :

  • Responsabilité contractuelle : l'expert-comptable doit respecter les termes de sa lettre de mission. Tout manquement (retard, erreur, conseil inadapté) engage sa responsabilité sur le fondement de l'article 1231-1 du Code civil.
  • Responsabilité déontologique : l'expert-comptable doit respecter le Code de déontologie de la profession (secret professionnel, indépendance, devoir de conseil, compétence). Une violation de ces règles peut entraîner des sanctions disciplinaires prononcées par l'Ordre.

L'expert-comptable est tenu à une obligation de moyens renforcée : il ne garantit pas un résultat, mais doit mettre en oeuvre toute la diligence et la compétence attendues d'un professionnel normalement avisé. Le devoir de conseil occupe ici une place centrale : il doit alerter son client sur les risques fiscaux, sociaux ou juridiques qu'il identifie, et la jurisprudence le sanctionne régulièrement pour défaut de mise en garde.

Surtout, tout expert-comptable doit souscrire une assurance de responsabilité civile professionnelle. Cette obligation découle de l'ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945 qui organise la profession, et de l'article 17 du Code de déontologie. L'assurance couvre les conséquences pécuniaires des fautes commises dans l'exercice de la mission. C'est votre principale garantie d'indemnisation en cas de litige.

Bon à savoir : l'assurance RC pro couvre les fautes non intentionnelles (erreurs, omissions, négligences). Les fautes intentionnelles ou frauduleuses ne sont pas assurées et engagent la responsabilité personnelle de l'expert-comptable sur ses biens propres.

2. Les fautes professionnelles les plus courantes

Toutes les erreurs ne justifient pas une action en responsabilité. Pour engager un recours, il faut prouver une faute caractérisée et un préjudice direct et certain. Voici les cas les plus fréquents, détaillés également dans notre guide sur la responsabilité en cas d'erreur comptable :

Erreurs comptables et fiscales

  • Erreur de calcul de TVA : déclaration erronée entraînant un redressement fiscal et des pénalités
  • Mauvaise imputation comptable : charges non déductibles comptabilisées à tort, résultat faussé
  • Oubli de déclaration : pénalités pour retard ou absence de dépôt de la liasse fiscale
  • Conseil fiscal inadapté : choix de régime non optimal, surcoût d'impôt qui aurait pu être évité

Manquements contractuels

  • Retard dans les déclarations : pénalités infligées par l'administration fiscale ou les organismes sociaux
  • Non-respect des délais : bilan remis tardivement, empêchant l'obtention d'un crédit ou la conclusion d'une opération
  • Défaut de conseil : absence d'alerte sur un risque fiscal ou social pourtant identifiable

Fautes déontologiques

  • Violation du secret professionnel : divulgation d'informations confidentielles
  • Conflit d'intérêts : représentation de parties aux intérêts contradictoires
  • Défaut d'indépendance : situation de dépendance économique compromettant l'objectivité
Exemple concret : un cabinet oublie de déposer la liasse fiscale dans les délais. L'entreprise reçoit une majoration de 10 % pour dépôt tardif (article 1728 du Code général des impôts) plus des intérêts de retard. Cette majoration, directement causée par la négligence du cabinet, constitue un préjudice chiffrable et indemnisable.

3. Les preuves à réunir avant d'agir

Avant d'engager toute démarche, vous devez constituer un dossier solide prouvant la faute, le préjudice et le lien de causalité entre les deux. Voici les pièces à rassembler et leur rôle dans le dossier :

Pièce à réunir Ce qu'elle prouve
Lettre de mission signée Le périmètre des obligations contractuelles du cabinet
Emails et courriers échangés Vos demandes, ses réponses ou son silence (défaut de conseil)
Bilans, liasses, déclarations erronés La matérialité de l'erreur comptable ou fiscale
Avis de redressement, mise en demeure Le préjudice chiffré (pénalités, majorations, intérêts)
Justificatifs financiers Amendes payées, crédit refusé, manque à gagner
Avis d'un autre expert-comptable L'écart entre la pratique fautive et les règles de l'art
À retenir : le lien de causalité est le point le plus contesté en justice. Si l'administration vous aurait redressé même sans la faute du cabinet, le juge peut réduire ou refuser l'indemnisation. Documentez précisément ce que la faute a changé pour votre entreprise.

4. Les quatre voies de recours en un coup d'oeil

Quatre voies coexistent, et elles ne servent pas le même objectif. La règle pratique : commencez toujours par l'amiable, gardez le judiciaire pour la fin. Le tableau ci-dessous résume délai, coût et usage de chaque option.

Voie Délai indicatif Coût Quand l'utiliser
Réclamation amiable (RAR) 15 jours à 1 mois Gratuit (frais d'envoi) Toujours, en première intention
Médiation du conseil régional de l'Ordre Quelques mois Gratuit Dialogue rompu, faute non reconnue
Mise en jeu de l'assurance RC pro Variable (instruction du sinistre) Gratuit pour le client Faute reconnue, préjudice chiffré
Action en responsabilité (tribunal) Plusieurs mois à plusieurs années Avocat, parfois expertise Échec de l'amiable, enjeu important

La saisine disciplinaire de l'Ordre est une cinquième voie, mais distincte : elle sanctionne le manquement déontologique sans jamais indemniser. Elle se cumule avec les autres si la faute a une dimension déontologique (voir section 6).

5. Les démarches amiables et l'assurance RC pro

Avant d'envisager un recours contentieux, la pratique impose de tenter une résolution amiable. Cette étape est souvent la plus rapide et la plus efficace, et elle laisse une trace écrite utile si le litige se judiciarise ensuite.

1. Contactez le cabinet par écrit

Adressez une lettre recommandée avec accusé de réception. Vous pouvez vous appuyer sur notre modèle de lettre prêt à l'emploi et l'adapter. Elle doit exposer :

  • Les faits reprochés, de manière précise et factuelle, avec dates
  • Les conséquences financières subies (montant chiffré du préjudice)
  • Votre demande de réparation (indemnisation, prise en charge des pénalités)
  • Un délai raisonnable de réponse (15 jours minimum)

2. Sollicitez l'assurance RC pro

Si l'expert-comptable reconnaît la faute, il doit déclarer le sinistre à son assureur. L'assurance de responsabilité civile professionnelle prend alors en charge l'indemnisation du préjudice, dans la limite du plafond de garantie prévu au contrat. C'est la voie la plus courante et la plus indolore pour le client : aucun frais, pas de procès.

3. Proposez une médiation

Si le dialogue est rompu ou si la faute n'est pas reconnue, vous pouvez solliciter une médiation auprès du conseil régional de l'Ordre des experts-comptables dont dépend le cabinet. Un médiateur tente de rapprocher les positions et de trouver un accord. La démarche est gratuite et confidentielle.

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6. Saisir le conseil régional de l'Ordre

Illustration recours contre expert comptable

Si la faute relève d'un manquement déontologique (violation du secret professionnel, conflit d'intérêts, défaut d'indépendance, manquement grave au devoir de conseil), vous pouvez déposer une plainte disciplinaire auprès du conseil régional de l'Ordre dont dépend l'expert-comptable.

Comment saisir l'Ordre ?

Adressez une plainte écrite au président du conseil régional, accompagnée de toutes les pièces justificatives. La plainte doit décrire :

  • Les faits reprochés et leur date
  • Les manquements déontologiques invoqués (articles du Code de déontologie)
  • Les conséquences pour votre entreprise

Quelles sanctions ?

La chambre de discipline peut prononcer des sanctions disciplinaires graduées :

  • Avertissement
  • Blâme (réprimande inscrite au dossier)
  • Suspension : interdiction temporaire d'exercer
  • Radiation définitive du tableau de l'Ordre (cas les plus graves)
Important : la procédure disciplinaire devant l'Ordre ne permet pas d'obtenir une indemnisation financière. Elle vise uniquement à sanctionner le manquement déontologique. Pour obtenir réparation, vous devez passer par l'assurance RC pro ou engager une action en justice. Les deux démarches peuvent être menées en parallèle.

7. L'action en justice et l'indemnisation

Si les démarches amiables échouent, vous pouvez engager une action en responsabilité civile devant le tribunal compétent, sur le fondement de l'article 1231-1 du Code civil (responsabilité contractuelle).

Quel tribunal saisir ?

  • Tribunal judiciaire : compétent pour les litiges dont le montant dépasse 10 000 euros
  • Tribunal de proximité (juge des contentieux de la protection) : pour les litiges jusqu'à 10 000 euros

Le délai de prescription

Vous disposez de 5 ans pour agir, à compter du jour où vous avez connu ou auriez dû connaître les faits permettant d'exercer votre action (article 2224 du Code civil : « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer »). En pratique, ce point de départ correspond souvent à la réception d'un avis de redressement ou à la découverte de l'erreur. Passé ce délai, l'action est irrecevable.

Quelle indemnisation espérer ?

Le tribunal peut accorder une indemnisation couvrant :

  • Le préjudice financier direct : pénalités fiscales, majorations, amendes, redressements imputables à la faute
  • Le manque à gagner : crédit refusé, opportunité commerciale manquée, lorsque le lien de causalité est établi
  • Les frais de procédure : une partie des honoraires d'avocat et frais d'expertise, au titre de l'article 700 du Code de procédure civile
  • Le préjudice moral : dans certains cas (atteinte à la réputation), mais il reste rare et modeste pour une personne morale

L'indemnisation est versée par l'assurance RC pro, dans la limite du plafond de garantie. Si le préjudice excède ce plafond, vous pouvez poursuivre l'expert-comptable sur ses biens personnels, mais c'est rare en pratique.

Faut-il prendre un avocat ?

Pour les litiges supérieurs à 10 000 euros, l'assistance d'un avocat spécialisé en responsabilité professionnelle est fortement recommandée, voire obligatoire devant le tribunal judiciaire. Il vous aidera à constituer un dossier solide, à chiffrer le préjudice et à établir le lien de causalité, qui reste le point le plus délicat.

Éviter le prochain litige

Une fois le dossier réglé, sécurisez l'avenir. Vérifiez ce que doit contenir votre nouvelle lettre de mission, passez en revue le détail des missions d'un expert-comptable pour cadrer le périmètre attendu, et suivez nos critères pour bien choisir un expert-comptable. Si vous devez tourner la page, notre guide pour changer d'expert-comptable détaille la procédure de transfert du dossier.

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8. Questions fréquentes

Comment se retourner contre un expert-comptable ?

Procédez par étapes : réclamation écrite en recommandé, demande de mise en jeu de l'assurance RC pro, médiation du conseil régional de l'Ordre, puis action en responsabilité civile devant le tribunal si l'amiable échoue. Vous devez prouver une faute, un préjudice et un lien de causalité entre les deux.

Quel est le délai pour agir contre un expert-comptable ?

5 ans à compter du jour où vous avez connu ou auriez dû connaître les faits permettant d'agir (article 2224 du Code civil). Ce point de départ correspond souvent à la réception d'un avis de redressement. Passé ce délai, l'action est irrecevable.

L'expert-comptable est-il obligé d'avoir une assurance ?

Oui. Tout expert-comptable inscrit à l'Ordre doit souscrire une assurance de responsabilité civile professionnelle (ordonnance du 19 septembre 1945, article 17 du Code de déontologie). C'est cette assurance qui indemnise le client en cas de faute prouvée.

Saisir l'Ordre permet-il d'être indemnisé ?

Non. La saisine disciplinaire du conseil régional vise à sanctionner un manquement déontologique (avertissement, blâme, suspension, radiation), pas à réparer un préjudice. Pour être indemnisé, passez par l'assurance RC pro ou par une action en responsabilité civile.

Quelles preuves faut-il réunir ?

Documentez la faute, le préjudice et le lien entre les deux : lettre de mission, échanges écrits, documents comptables erronés, avis de redressement ou pénalités, et idéalement l'avis d'un autre expert-comptable. Plus le dossier est étayé, plus l'indemnisation est probable.

Combien coûte une action contre un expert-comptable ?

La réclamation écrite, la médiation et la saisine disciplinaire sont gratuites (hors frais d'envoi). L'action judiciaire génère des frais d'avocat et parfois d'expertise. Une partie peut être mise à la charge du cabinet s'il est condamné (article 700 du Code de procédure civile).

Une simple erreur suffit-elle pour engager sa responsabilité ?

Non. Une erreur n'engage la responsabilité que si elle constitue une faute ayant causé un préjudice direct et certain. Si l'administration aurait redressé l'entreprise de toute façon, le lien de causalité peut manquer et l'indemnisation être réduite ou refusée.

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Sources

Article mis à jour le . Les délais et fondements juridiques cités sont en vigueur en 2026. Ce guide est informatif et ne remplace pas l'avis d'un avocat.