Commissaire aux comptes obligatoire : seuils et règles 2026

Depuis la loi PACTE de 2019, beaucoup moins d'entreprises sont concernées par l'obligation de nommer un commissaire aux comptes. Mais la règle reste piégeuse : seuils par société, seuils consolidés en cas de contrôle, demande des associés, mission ALPE ... Voici, point par point, les cas où vous devez nommer un CAC en 2026 — et ceux où vous pouvez vous en passer.

Seuils d'obligation du commissaire aux comptes en 2026
Sommaire

En bref : qui doit nommer un commissaire aux comptes en 2026 ?

Une société commerciale (SAS, SARL, SA, SCA…) doit nommer un commissaire aux comptes dès qu'elle dépasse 2 des 3 seuils PACTE pendant 2 exercices consécutifs : 4 M€ de bilan, 8 M€ de CA HT et 50 salariés. Les SA sont toujours soumises à l'obligation, quelle que soit leur taille. Les holdings et filiales tombent dans l'obligation dès lors que l'ensemble du groupe dépasse les seuils, et un ou plusieurs associés peuvent forcer la nomination même sous les seuils.

1. Les 3 seuils PACTE de droit commun

La loi PACTE du 22 mai 2019 a relevé les seuils de nomination obligatoire d'un commissaire aux comptes pour aligner la France sur les standards européens. Ces seuils, codifiés à l'article L. 821-2 du Code de commerce, restent en vigueur en 2026.

L'obligation se déclenche dès qu'une société dépasse au moins 2 des 3 critères à la clôture d'un exercice :

Critère Seuil avant PACTE Seuil depuis PACTE (2019 → 2026)
Total du bilan 1,55 M€ 4 M€
Chiffre d'affaires HT 3,1 M€ 8 M€
Effectif moyen 50 salariés 50 salariés
Bon à savoir : l'obligation ne se déclenche pas dès le premier dépassement. Il faut que les seuils soient dépassés pendant 2 exercices consécutifs. À l'inverse, si vous repassez sous les seuils pendant 2 exercices d'affilée, l'obligation tombe — mais le mandat en cours du CAC va jusqu'à son terme.

Ces seuils ne concernent que la nomination obligatoire. Toute société peut nommer volontairement un CAC, par exemple pour rassurer des investisseurs, des banquiers ou des partenaires commerciaux.

2. Les obligations selon la forme juridique

Toutes les sociétés commerciales ne sont pas logées à la même enseigne. Les Sociétés Anonymes (SA) et les Sociétés en Commandite par Actions (SCA) doivent toujours nommer un commissaire aux comptes, quelle que soit leur taille — même une SA dormante avec zéro chiffre d'affaires est concernée.

Pour les autres formes, l'obligation dépend des seuils PACTE et des situations particulières (contrôle, demande des associés, appel public à l'épargne). Voici la synthèse :

Forme juridique Obligation de CAC
SA, SCA Toujours obligatoire
SAS, SARL, SNC Si dépassement de 2 seuils PACTE (sur 2 exercices)
SAS / SARL contrôlante ou contrôlée Si l'ensemble du groupe dépasse les seuils
SCI (société civile) Très rarement (seulement si appel public à l'épargne)
Auto-entrepreneur, EI, EURL micro Jamais
Association reconnue d'utilité publique, recevant +153 000 € de subventions Obligatoire

Les EURL et SASU sont concernées au même titre que les SARL et SAS classiques : si elles dépassent les seuils, elles doivent nommer un CAC, malgré leur unique associé.

3. Le piège du contrôle : holdings et filiales

Holding et filiales obligation commissaire aux comptes

C'est probablement la règle la moins connue — et celle qui piège le plus de dirigeants. Une SAS ou une SARL qui contrôle ou est contrôlée par une autre société (au sens de l'article L. 233-3 du Code de commerce) doit nommer un CAC dès lors que l'ensemble formé par la société contrôlante et les sociétés contrôlées dépasse les seuils PACTE.

Concrètement : une holding patrimoniale qui détient 100 % d'une filiale opérationnelle de 10 M€ de chiffre d'affaires devra, elle aussi, désigner un CAC — même si la holding seule fait moins de 100 000 € de produits.

À noter : le contrôle s'apprécie au sens large. Il vise non seulement la majorité du capital, mais aussi le contrôle de fait (majorité des droits de vote, pouvoir de nommer ou révoquer la majorité des dirigeants, accord avec d'autres associés…).

Cette règle a deux conséquences pratiques :

  • La société mère et chaque filiale dépassant les seuils au niveau de l'ensemble doivent nommer un CAC, mais la mission ALPE peut être utilisée pour alléger le coût (voir plus bas).
  • Une SAS unipersonnelle qui détient une filiale peut basculer dans l'obligation très tôt, dès que la filiale dépasse 2 seuils. C'est un point à anticiper en cas de structuration en groupe.

4. La demande des associés (SAS, SARL)

Même sous les seuils, un ou plusieurs associés minoritaires peuvent forcer la nomination d'un commissaire aux comptes :

  • En SAS : un ou plusieurs associés représentant au moins le tiers du capital peuvent demander en justice la nomination d'un CAC (article L. 227-9-1 C. com.).
  • En SARL : un ou plusieurs associés représentant au moins le dixième du capital peuvent obtenir la même chose (article L. 223-35 C. com.).
  • Comité social et économique : dans certaines situations de difficultés économiques, le CSE peut demander la désignation d'un CAC.

Cette procédure existe pour protéger les minoritaires face à un dirigeant majoritaire qui pourrait être tenté d'opacifier les comptes. Le tribunal nomme alors un CAC pour une durée minimum de 3 exercices.

5. La mission ALPE : audit légal des petites entreprises

Pour ne pas pénaliser les petites entreprises soumises à l'obligation (notamment via le critère du contrôle ou de la demande des associés), la loi PACTE a créé en 2019 une mission allégée appelée ALPE (Audit Légal des Petites Entreprises).

Elle se distingue de l'audit légal classique par :

  • Une durée de 3 exercices au lieu de 6.
  • L'application d'un référentiel normatif simplifié (NEP 911) imposant moins de procédures de contrôle.
  • Un rapport plus succinct, sans certification des comptes intermédiaires ni rapport spécial sur les conventions réglementées.
  • Un plafond d'honoraires indicatif fixé par les normes professionnelles (souvent autour de 10 à 12 000 € HT par an pour une PME sous les seuils).

Pour aller plus loin sur les tarifs, consultez notre dossier dédié : combien coûte un commissaire aux comptes en 2026.

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6. Sanctions en cas d'absence de commissaire aux comptes

Ne pas nommer de CAC alors qu'il est obligatoire n'est pas une simple négligence administrative : le Code de commerce y attache des sanctions lourdes.

  • Nullité des décisions : les délibérations de l'assemblée générale prises sans rapport du CAC sont susceptibles d'annulation, en particulier l'approbation des comptes annuels et l'affectation du résultat.
  • Sanction pénale (délit d'entrave) : le défaut de désignation d'un CAC alors que la loi l'impose est puni de 2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende (article L. 820-4 C. com.).
  • Responsabilité civile des dirigeants : en cas de difficultés ultérieures (procédure collective, redressement fiscal), les dirigeants peuvent voir leur responsabilité engagée pour avoir privé les tiers d'une garantie de fiabilité des comptes.
Conseil : en cas de doute sur votre situation (notamment pour les groupes), faites valider votre obligation par votre expert-comptable chaque année, à la clôture. C'est lui qui dispose des chiffres consolidés et peut vous alerter avant le second exercice de dépassement.

7. Comment nommer un commissaire aux comptes

Une fois l'obligation déclenchée, la procédure est balisée :

  1. Sélection : demandez plusieurs propositions à des CAC (l'expert-comptable et le CAC sont incompatibles pour la même société, vous ne pouvez donc pas confier l'audit à votre expert-comptable habituel).
  2. Lettre de mission : elle précise la nature de la mission (audit légal classique ou ALPE), la durée (6 ou 3 exercices), les honoraires.
  3. Vote en assemblée générale : la nomination est prononcée par l'AG ordinaire des associés, sur proposition du président ou du conseil d'administration. Un suppléant doit également être nommé pour les mandats de 6 ans (mais pas pour ALPE).
  4. Formalités : dépôt au greffe du tribunal de commerce dans le mois qui suit (modification statutaire ou simple déclaration selon la forme sociale).

Le mandat court jusqu'à la clôture du 6e exercice (ou du 3e pour ALPE), il est renouvelable. Le CAC ne peut pas être révoqué en cours de mandat sauf faute ou empêchement, par décision de justice — c'est précisément ce qui garantit son indépendance.

8. Questions fréquentes

Quels sont les seuils du commissaire aux comptes en 2026 ?

La nomination est obligatoire dès que la société dépasse 2 des 3 seuils suivants pendant 2 exercices consécutifs : 4 M€ de total bilan, 8 M€ de chiffre d'affaires HT et 50 salariés. Ces seuils issus de la loi PACTE (2019) restent en vigueur en 2026.

Une SAS doit-elle obligatoirement avoir un commissaire aux comptes ?

Non, sauf si la SAS dépasse les seuils PACTE, OU si elle contrôle/est contrôlée par une autre société et que l'ensemble dépasse ces seuils, OU si un ou plusieurs associés représentant au moins le tiers du capital en font la demande.

Une holding doit-elle nommer un commissaire aux comptes ?

Oui si elle contrôle ou est contrôlée par une autre société, et que l'ensemble formé par la mère et les filles dépasse les seuils PACTE. C'est la règle qui piège le plus les holdings de faible taille mais détenant une filiale opérationnelle importante.

Qu'est-ce que la mission ALPE (audit légal petites entreprises) ?

Créée par PACTE en 2019, la mission ALPE est une version allégée de l'audit légal réservée aux petites entreprises (sous les seuils). Elle dure 3 ans au lieu de 6, repose sur un référentiel simplifié et son montant d'honoraires est plafonné par les normes professionnelles.

Que se passe-t-il si on ne nomme pas de CAC alors qu'on devrait ?

L'absence de désignation entraîne la nullité des délibérations de l'AG (notamment l'approbation des comptes). Les dirigeants encourent jusqu'à 2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende au titre du délit d'entrave (art. L. 820-4 C. com.).

Le commissaire aux comptes est-il nommé pour combien de temps ?

6 exercices pour un audit légal classique, 3 exercices pour une mission ALPE. La nomination est prononcée par l'assemblée générale ordinaire des associés.

Quelle différence entre commissaire aux comptes et commissaire aux apports ?

Le commissaire aux apports est nommé ponctuellement pour évaluer un apport en nature (création, augmentation de capital, fusion). Sa mission s'arrête à la remise du rapport. Le commissaire aux comptes, lui, certifie chaque année les comptes annuels pendant toute la durée de son mandat.

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Sources

Article mis à jour le . Les seuils PACTE n'ayant pas évolué depuis 2019, ils restent applicables en 2026.