Autoliquidation de la TVA en sous-traitance : qui, quand, comment

Depuis 2014, un sous-traitant du bâtiment ne facture plus la TVA à son donneur d'ordre : c'est l'entreprise principale qui la déclare elle-même. Ce mécanisme d'autoliquidation, conçu contre la fraude, piège encore beaucoup d'artisans : facture erronée, mention manquante, ligne oubliée sur la CA3, et une amende de 5 % à la clé pour le donneur d'ordre. Voici qui est concerné, comment facturer et comment déclarer, des deux côtés du contrat.

Autoliquidation de la TVA entre sous-traitant et donneur d'ordre du BTP
Sommaire
2014
l'année d'entrée en vigueur du dispositif BTP
0 € de TVA
sur la facture du sous-traitant
5 %
d'amende pour le donneur d'ordre qui n'autoliquide pas
B2
la ligne Autres opérations imposables de la CA3
Dans le BTP, la TVA des travaux sous-traités est autoliquidée (article 283, 2 nonies du CGI) : le sous-traitant facture hors taxes avec la mention Autoliquidation, et c'est le donneur d'ordre qui déclare la TVA sur sa propre CA3, en la collectant et en la déduisant simultanément. L'opération est neutre en trésorerie pour le donneur d'ordre, mais l'oubli de déclaration coûte une amende de 5 % de la TVA concernée.

1. Le principe et son objectif anti-fraude

En régime normal, le vendeur collecte la TVA et la reverse. L'autoliquidation inverse la charge : c'est l'acheteur qui déclare la TVA due sur l'opération, tout en la déduisant dans la même déclaration s'il y a droit. L'opération devient blanche pour lui, et le fournisseur ne manipule jamais la taxe.

Le législateur a imposé ce schéma à la sous-traitance du bâtiment en 2014 (loi de finances pour 2014, codifiée à l'article 283, 2 nonies du CGI) pour couper court à une fraude simple : le sous-traitant encaissait la TVA facturée au donneur d'ordre puis disparaissait sans la reverser. En supprimant le flux de TVA entre les deux entreprises, la fraude tombe.

2. Quels travaux et quels contrats sont concernés

Le dispositif vise les travaux de construction réalisés par un sous-traitant pour le compte d'une entreprise principale assujettie à la TVA, dans le cadre d'un contrat de sous-traitance au sens de la loi de 1975 :

Dans le champ (autoliquidation) Hors champ (TVA facturée normalement)
Travaux de bâtiment exécutés en sous-traitance : gros œuvre, second œuvre, électricité, plomberie, peinture Travaux facturés directement au client final (maître d'ouvrage)
Travaux publics et ouvrages de génie civil sous-traités Prestations intellectuelles (architectes, bureaux d'études, coordination SPS)
Réparation et réfection d'immeubles, nettoyage lié aux travaux Location d'engins sans opérateur, fourniture de matériaux sans pose
Sous-traitance en chaîne (le sous-traitant de rang 2 autoliquide aussi) Fabrication en atelier sans pose sur le chantier
À RETENIR
Le critère décisif : un contrat de sous-traitance portant sur des travaux immobiliers, entre deux assujettis à la TVA. La relation directe entreprise-client final reste au régime normal, avec les taux habituels du bâtiment (20 %, 10 % ou 5,5 % selon les travaux).

Cas particulier fréquent en marchés publics : le paiement direct du sous-traitant par le maître d'ouvrage (loi du 31 décembre 1975). Il ne change rien au régime de TVA : le contrat reste un contrat de sous-traitance, l'autoliquidation s'applique, et le sous-traitant facture hors taxes même si c'est le maître d'ouvrage qui le règle pour le compte de l'entreprise principale.

3. Côté sous-traitant : facturer et déclarer

1
Facturez hors taxes
Montant HT uniquement : pas de taux, pas de montant de TVA, pas de TTC différent du HT.
2
Portez la mention Autoliquidation
Obligatoire sur chaque facture concernée. Recommandé : citer l'article 283, 2 nonies du CGI et rappeler que la TVA est due par le preneur.
3
Déclarez en ligne 5 de la CA3
Le montant HT des opérations en autoliquidation se reporte dans la rubrique Autres opérations non imposables. Aucune TVA collectée sur ces travaux.
4
Déduisez normalement vos achats
L'autoliquidation ne réduit pas vos droits : la TVA sur vos matériaux et frais reste déductible, quitte à générer un crédit de TVA remboursable.

À quoi ressemble la facture ? Trois différences avec une facture classique : le total est en hors taxes uniquement (pas de ligne TVA, pas de TTC distinct), la mention Autoliquidation apparaît clairement, et la référence au contrat de sous-traitance ou au chantier est rappelée. Tout le reste (numéro, identités, détail des travaux, conditions de paiement) est inchangé.

⚠ ATTENTION
Un sous-traitant qui facture la TVA par erreur la doit au Trésor du seul fait de la facturation, pendant que son donneur d'ordre se voit refuser la déduction d'une taxe facturée à tort. La facture doit être rectifiée par un avoir : personne n'a intérêt à laisser passer.

Comme le sous-traitant collecte peu ou pas de TVA mais continue d'en payer sur ses achats, le crédit de TVA structurel est fréquent : pensez aux demandes de remboursement trimestrielles plutôt que d'accumuler le crédit. La mécanique générale est détaillée dans notre fiche TVA déductible.

4. Côté donneur d'ordre : autoliquider sur la CA3

Déclaration de la TVA autoliquidée par le donneur d'ordre

L'entreprise principale qui reçoit la facture HT de son sous-traitant doit, sur sa propre déclaration :

  • Collecter la TVA sur le montant HT de la facture, au taux applicable aux travaux (20 % en principe, 10 % ou 5,5 % si le chantier y ouvre droit), sur la ligne Autres opérations imposables (B2) de la CA3, en identifiant le montant comme relevant de l'autoliquidation.
  • Déduire la même TVA dans la même déclaration, si les travaux ouvrent droit à déduction, ce qui est le cas général.

Résultat : zéro décaissement, mais une double écriture obligatoire. Elle matérialise l'opération aux yeux de l'administration et conditionne la régularité de la chaîne. Le taux applicable au chantier final (voir notre guide des taux de TVA) détermine le montant à autoliquider.

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5. Erreurs fréquentes et sanctions

  • Le donneur d'ordre oublie d'autoliquider : amende de 5 % de la TVA déductible concernée (article 1788 A du CGI), même si l'État n'a rien perdu puisque la déduction aurait neutralisé la collecte. La sanction tombe pour le seul défaut déclaratif.
  • Le sous-traitant facture avec TVA : taxe due au Trésor par le facturier, déduction refusée chez le client, avoir et refacturation obligatoires.
  • Mention absente : la facture est non conforme ; en pratique, les donneurs d'ordre la rejettent et le paiement prend du retard.
  • Confusion avec la relation client final : un artisan qui travaille en direct pour un particulier ou un maître d'ouvrage facture la TVA normalement, autoliquidation exclue.

6. Les autres cas d'autoliquidation

La sous-traitance BTP est le cas le plus courant en France, mais le mécanisme existe ailleurs : acquisitions intracommunautaires de biens et services auprès de fournisseurs européens, achats auprès d'entreprises non établies en France, TVA à l'importation (autoliquidée sur la CA3 depuis 2022), déchets neufs d'industrie, et certaines livraisons de gaz et d'électricité. Dans tous ces cas, la logique est identique : le preneur déclare, collecte et déduit dans la même déclaration.

7. Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'autoliquidation de la TVA en sous-traitance ?
Un régime obligatoire depuis 2014 pour les travaux de bâtiment sous-traités : le sous-traitant facture hors taxes avec la mention Autoliquidation, et le donneur d'ordre déclare lui-même la TVA sur sa CA3, en la collectant et en la déduisant simultanément. Le flux de TVA entre les deux entreprises disparaît, ce qui neutralise la fraude au reversement.
Quelle mention le sous-traitant doit-il porter sur sa facture ?
La mention Autoliquidation, sur chaque facture de travaux concernée, idéalement complétée par la référence à l'article 283, 2 nonies du CGI et la précision que la TVA est due par le preneur. La facture ne comporte ni taux, ni montant de TVA : uniquement du hors taxes.
Comment le donneur d'ordre déclare-t-il la TVA autoliquidée ?
Sur sa déclaration CA3, il reporte le montant HT des factures de sous-traitance sur la ligne Autres opérations imposables (B2), calcule la TVA au taux applicable aux travaux, et déduit cette même TVA dans la même déclaration si l'opération ouvre droit à déduction. L'effet trésorerie est nul, mais la double écriture est obligatoire.
Que risque un donneur d'ordre qui oublie d'autoliquider ?
Une amende de 5 % de la TVA déductible concernée, prévue par l'article 1788 A du CGI, même si l'omission n'a causé aucune perte au Trésor. Sur un chantier sous-traité de 100 000 € HT à 20 %, l'oubli coûte 1 000 € d'amende par déclaration concernée.
L'autoliquidation s'applique-t-elle aux architectes et bureaux d'études ?
Non. Les prestations intellectuelles (maîtrise d'œuvre, études, coordination sécurité) ne sont pas des travaux immobiliers au sens du dispositif : elles se facturent avec TVA au régime normal, même dans le cadre d'un chantier dont les travaux sont autoliquidés. Idem pour la location d'engins sans opérateur et la fourniture de matériaux sans pose.
Un sous-traitant en franchise en base est-il concerné ?
S'il est en franchise en base, il facture déjà sans TVA, avec la mention de l'article 293 B, et le donneur d'ordre n'a rien à autoliquider : l'autoliquidation suppose une opération taxable. Le régime s'applique en revanche dès que le sous-traitant devient redevable de la TVA.

Sources

Article publié le 30 juillet 2026. Textes et doctrine vérifiés à cette date.

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Rédigé par la rédaction Les Experts Comptables · relu par un expert-comptable membre de l'Ordre
Méthodologie : CGI, BOFiP et pratique déclarative en vigueur, vérifiés en juillet 2026. Aucun classement sponsorisé. Notre comparateur