1. La SCI à l'IR : le régime par défaut
Une SCI est une société de personnes. Par défaut, elle relève de l'article 8 du Code général des impôts : elle est dite translucide. La société ne paie aucun impôt elle-même. Son résultat est calculé au niveau de la SCI, puis réparti entre les associés au prorata de leurs parts, et chacun le déclare dans sa propre déclaration de revenus, dans la catégorie des revenus fonciers (pour de la location nue).
Concrètement, le revenu imposable de chaque associé se calcule ainsi : loyers encaissés, moins les charges déductibles (taxe foncière, assurance, frais de gestion, travaux d'entretien et de réparation), moins les intérêts d'emprunt. Ce revenu net subit deux prélèvements cumulés :
- Votre tranche marginale d'imposition (TMI) : 11, 30, 41 ou 45 % selon le revenu de votre foyer ;
- Les prélèvements sociaux : 17,2 % sur les revenus fonciers, taux maintenu en 2026 (la hausse de CSG votée fin 2025 ne touche que les dividendes et plus-values mobilières, pas les loyers).
Un foyer en TMI 30 % abandonne donc 47,2 % de chaque euro de loyer net. En TMI 41 %, la ponction monte à 58,2 %, et à 62,2 % en TMI 45 %. C'est le vrai problème de l'IR : la taxation est immédiate, chaque année, même si les loyers servent à rembourser l'emprunt et que vous ne touchez rien.
2. La SCI à l'IS : sur option, ou d'office
Une SCI peut être soumise à l'impôt sur les sociétés de deux façons, et la nuance est importante.
Sur option volontaire, d'abord : l'article 239 du CGI permet à toute société de personnes d'opter pour l'IS. L'option se notifie au service des impôts avant la fin du troisième mois de l'exercice au titre duquel elle s'applique. La société devient alors opaque : elle calcule son propre résultat, le déclare (liasse 2065) et paie l'IS. Les associés ne sont imposés que s'ils se versent des dividendes.
D'office, ensuite : l'article 206, 2 du CGI soumet à l'IS les sociétés civiles qui se livrent à une exploitation ou à des opérations de nature commerciale au sens des articles 34 et 35 du CGI. Le cas le plus fréquent est la location meublée : une SCI qui meuble ses biens bascule automatiquement à l'IS, sans avoir rien signé. L'administration tolère seulement des recettes commerciales accessoires, sous 10 % des recettes totales.
À l'IS, le taux 2026 est de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (pour les sociétés dont le chiffre d'affaires est inférieur à 10 M€ et dont le capital, entièrement libéré, est détenu à 75 % au moins par des personnes physiques), puis 25 % au-delà. Si les associés distribuent le résultat, les dividendes subissent la flat tax, passée à 31,4 % au 1er janvier 2026 (12,8 % d'IR et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la hausse de CSG).
3. IR vs IS : le tableau comparatif
| Critère | SCI à l'IR | SCI à l'IS |
|---|---|---|
| Imposition courante | TMI (11 à 45 %) + 17,2 % de PS sur les loyers nets, chaque année, chez chaque associé | IS de 15 % (jusqu'à 42 500 €) puis 25 % sur le bénéfice ; flat tax 31,4 % uniquement si distribution |
| Amortissement du bien | Impossible : aucune déduction du prix d'achat | Bâti amorti sur 20 à 50 ans (~2 %/an), charge déductible qui écrase le résultat |
| Déficits | Déficit foncier imputable sur le revenu global jusqu'à 10 700 €/an (art. 156 du CGI), report 10 ans | Déficit enfermé dans la société, reportable sans limite de durée sur ses bénéfices futurs |
| Plus-value à la revente | Régime des particuliers : 19 % + 17,2 % avec abattements, exonération d'IR après 22 ans, de PS après 30 ans | Plus-value professionnelle : amortissements réintégrés, taxée à l'IS sans abattement, + flat tax si distribution |
| Comptabilité | Légère : déclaration 2072, 30 à 50 € HT/mois, parfois faisable seul | Complète : bilan, liasse 2065, amortissements, 60 à 150 € HT/mois avec expert-comptable |
| Changement de régime | Option IS possible à tout moment (art. 239 du CGI) | Renonciation possible pendant 5 ans seulement, puis option définitivement irrévocable |
Ce tableau résume l'arbitrage : l'IS gagne presque toujours la bataille de l'imposition annuelle, l'IR gagne presque toujours celle de la revente. Tout le choix consiste à déterminer lequel des deux effets pèsera le plus lourd dans votre cas. Notre simulateur SCI IR ou IS fait ce calcul en 30 secondes avec vos chiffres.
4. Imposition courante : le match chiffré
Prenons un cas standard : un appartement de 300 000 € (dont 15 % de terrain), loué nu 24 000 € par an, avec 4 000 € de charges déductibles et 3 000 € d'intérêts d'emprunt. Le revenu net avant impôt est de 17 000 €.
| Foyer | SCI à l'IR (impôt annuel) | SCI à l'IS sans distribution | Écart annuel |
|---|---|---|---|
| TMI 11 % | 4 794 € (28,2 %) | 1 785 € | + 3 009 € pour l'IS |
| TMI 30 % | 8 024 € (47,2 %) | 1 785 € | + 6 239 € pour l'IS |
| TMI 41 % | 9 894 € (58,2 %) | 1 785 € | + 8 109 € pour l'IS |
| TMI 45 % | 10 574 € (62,2 %) | 1 785 € | + 8 789 € pour l'IS |
Le calcul IS : 17 000 € de revenu net, moins 5 100 € d'amortissement (2 % de 255 000 € de bâti), soit 11 900 € de résultat imposable, taxé à 15 % = 1 785 €. Le constat est brutal : à TMI 30 % et au-delà, l'IS divise l'impôt annuel par 4 à 6 tant que les bénéfices restent dans la société.
La donne change si les associés distribuent tout, chaque année : la flat tax de 31,4 % sur le dividende (10 115 € x 31,4 % = 3 176 €) porte le total IS à 4 961 €. L'IS reste devant à partir de la TMI 30 %, mais l'écart se resserre, et à TMI 11 % l'IR redevient compétitif. D'où la règle : l'IS est un régime de capitalisation, pas de consommation des loyers.
5. Amortissement et déficits : l'arme de l'IS
Tout l'avantage courant de l'IS tient dans un mécanisme comptable : l'amortissement. La société constate chaque année la dépréciation théorique de son immeuble et la déduit de son résultat, alors même qu'elle ne dépense rien. En pratique, le bâti s'amortit par composants : gros oeuvre sur 40 à 50 ans, toiture et façade sur 20 à 25 ans, agencements sur 10 à 15 ans. La moyenne pondérée tourne autour de 2 à 2,5 % par an, appliquée à la valeur du bien hors terrain (le terrain ne se déprécie pas et ne s'amortit jamais).
Sur notre exemple à 300 000 €, l'amortissement gomme 5 100 € de résultat par an, soit 102 000 € sur 20 ans, sans aucune sortie de trésorerie. C'est ce qui permet à beaucoup de SCI à l'IS de payer un impôt quasi nul pendant toute la phase de remboursement de l'emprunt.
Sur les déficits, les logiques s'opposent. À l'IR, un gros programme de travaux crée un déficit foncier imputable sur le revenu global du foyer jusqu'à 10 700 € par an (article 156 du CGI), le solde étant reportable 10 ans sur les revenus fonciers : l'économie d'impôt est immédiate et personnelle. À l'IS, le déficit reste dans la société : il se reporte sans limite de durée sur ses bénéfices futurs, mais ne réduit jamais l'impôt du foyer. Si vous prévoyez de lourds travaux dans un bien détenu par un foyer fortement imposé, l'IR peut donc rester pertinent malgré tout.
6. La revente : là où l'IR prend sa revanche
C'est le point que les vendeurs de montages à l'IS minimisent trop souvent. Les deux régimes de plus-value n'ont rien en commun.
À l'IR, la vente relève du régime des plus-values immobilières des particuliers (articles 150 U et suivants du CGI) : 19 % d'impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux, calculés sur la différence entre prix de vente et prix d'achat, avec un abattement par année de détention. Résultat : exonération totale d'impôt sur le revenu après 22 ans de détention, et de prélèvements sociaux après 30 ans. Un bien conservé longtemps se revend presque sans frottement fiscal.
À l'IS, la vente dégage une plus-value professionnelle : prix de vente moins valeur nette comptable (prix d'achat diminué des amortissements pratiqués). Tous les amortissements déduits pendant la détention sont donc réintégrés dans le gain taxable, imposé à l'IS au taux normal, sans le moindre abattement de durée. Reprenons l'exemple : après 20 ans, la SCI a amorti 102 000 €. Même revendu à son prix d'achat de 300 000 €, le bien dégage une plus-value comptable de 102 000 €, soit environ 21 250 € d'IS, là où la SCI à l'IR ne paierait rien. Et si les associés veulent toucher le produit de la vente, la distribution ajoute la flat tax de 31,4 % sur le boni.
Ce mécanisme explique la ligne de partage classique : l'IS convient aux SCI qui conservent leurs biens indéfiniment (patrimoine de rendement, transmission aux enfants, réinvestissement des loyers), l'IR à celles qui envisagent une revente avec plus-value. Pour la dimension transmission, voyez notre guide sur la SCI familiale.
7. Changer de régime : le piège des 5 ans
Longtemps, la règle était simple et effrayante : l'option pour l'IS était irrévocable, point. La loi de finances pour 2019 (article 50 de la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018) a assoupli l'article 239 du CGI en créant un droit de renonciation, commenté au BOFiP (BOI-IS-CHAMP-20-20-30).
- Pendant 5 ans : la SCI peut renoncer à son option jusqu'au cinquième exercice suivant celui au titre duquel l'option a été exercée (la renonciation se notifie avant la fin du mois précédant la date limite de versement du premier acompte d'IS de l'exercice concerné) ;
- Après 5 ans : faute de renonciation dans le délai, l'option devient définitivement irrévocable ;
- La renonciation est à sens unique : une SCI qui revient à l'IR ne peut plus jamais ré-opter pour l'IS.
Attention aussi au coût du changement dans les deux sens : le passage de l'IR à l'IS comme la renonciation entraînent les conséquences fiscales d'une cessation d'entreprise (imposition immédiate des résultats en cours et, selon les cas, des plus-values latentes, avec des mécanismes d'atténuation sous conditions). Ce n'est jamais une formalité anodine : faites chiffrer l'opération avant de signer. Les cabinets spécialisés SCI pratiquent ce type d'analyse en amont de l'option.
8. IR ou IS : la grille de décision selon votre profil
Aucun régime n'est meilleur dans l'absolu. Voici la grille que nous appliquons, à confronter à votre situation réelle avec un professionnel.
| Votre situation | Régime le plus adapté | Pourquoi |
|---|---|---|
| TMI 11 %, loyers modestes | IR | 28,2 % de taxation seulement, comptabilité légère, revente exonérable |
| TMI 30 % et plus, objectif de capitalisation long terme sans revente | IS | Amortissement + IS 15 % : impôt annuel divisé par 4 à 6, trésorerie réinvestie |
| Revente envisagée d'ici 10 à 25 ans | IR | Abattements de durée sur la plus-value, aucune réintégration d'amortissements |
| Gros travaux à venir, foyer fortement imposé | IR | Déficit foncier imputable sur le revenu global (10 700 €/an) |
| Location meublée prévue | IS (subi) | Bascule automatique de l'article 206, 2 du CGI : autant la structurer d'emblée |
| Besoin des loyers pour vivre chaque année | IR le plus souvent | À l'IS, la distribution annuelle ajoute 31,4 % de flat tax et ronge l'avantage |
Avant de trancher, passez vos chiffres dans notre simulateur SCI : IR ou IS : il calcule l'imposition annuelle des deux régimes et le bilan sur la durée, revente comprise. Et intégrez le coût comptable dans l'équation : une SCI à l'IS exige un bilan et une liasse 2065 chaque année, soit 60 à 150 € HT par mois, contre 30 à 50 € pour une simple déclaration 2072 à l'IR. Notre guide sur le coût d'un expert-comptable pour une SCI détaille les tarifs réels des cabinets en ligne.
9. Questions fréquentes
Sources
- Légifrance, article 239 du CGI : option des sociétés de personnes pour l'IS et droit de renonciation (rédaction issue de la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018)
- BOFiP, BOI-IS-CHAMP-20-20-30 : modalités de renonciation à l'option pour l'IS dans le délai de 5 ans
- impots.gouv.fr, l'impôt sur les sociétés : taux normal de 25 % et taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 €
- service-public.fr, plus-values immobilières : régime des particuliers, abattements de durée et exonérations à 22 et 30 ans
- impots.gouv.fr, les revenus fonciers : régime réel, charges déductibles et déficit foncier (article 156 du CGI)
Article publié le . Taux à jour d'août 2026 : prélèvements sociaux de 17,2 % sur les revenus fonciers, flat tax de 31,4 % sur les dividendes depuis le 1er janvier 2026. Les exemples chiffrés sont des estimations indicatives à faire valider par un professionnel.