1. Les chiffres officiels du 16 septembre 2026
C'est à la plénière d'ouverture du 81e congrès de l'Ordre des experts-comptables, le 16 septembre à Paris Porte de Versailles, que David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics, a livré le premier bilan complet de la réforme. Jusque-là, personne ne disposait de volumétrie consolidée : on avait des retours de cabinets, des chiffres d'éditeurs, rien d'agrégé côté administration.
| Indicateur | Valeur au 16 septembre 2026 | Ce que ça dit |
|---|---|---|
| Entreprises ayant désigné une plateforme de réception | 70 % de ~4 millions d'assujettis | Environ 1,2 million d'entreprises encore hors du dispositif |
| Factures électroniques échangées depuis le 1er septembre | 5 millions | Environ 420 000 par jour ouvré (12 jours ouvrés du 1er au 16 septembre) |
| Montant total facturé | Plus de 15 milliards d'euros | Panier moyen autour de 3 000 € par facture |
| Plateformes agréées disponibles | Près de 150 | L'offre n'est plus le goulot d'étranglement |
| Entreprises ayant émis au moins une facture | Plus de 90 000 | Dont 95 % sans y être obligées |
Une précision sur le dénominateur, parce qu'elle fait basculer beaucoup de lecteurs du mauvais côté : ces quelque 4 millions d'assujettis incluent les entreprises en franchise en base de TVA. Ne pas être redevable de la TVA ne dispense pas de recevoir des factures électroniques. Un micro-entrepreneur en franchise est dans le compte, et il est concerné depuis le 1er septembre.
Le chiffre le plus intéressant est le dernier. Sur les 90 000 entreprises qui ont déjà émis une facture électronique, 95 % n'y étaient pas tenues : l'obligation d'émettre ne pèse pour l'instant que sur les grandes entreprises et les ETI. Plus de 85 000 TPE et PME ont donc pris de l'avance sur une échéance fixée au 1er septembre 2027. C'est ce qui a permis au ministre de dire que la réforme atteignait en deux semaines des niveaux qu'il anticipait « plutôt fin octobre ».
2. Ce que mesurent les experts-comptables de leur côté
Le 3 septembre, le Conseil national de l'Ordre des experts-comptables a publié une enquête flash menée auprès de 3 083 experts-comptables, soit environ 10 % de la profession. Elle regarde le sujet par l'autre bout : non pas ce que l'administration voit passer, mais ce que les cabinets constatent chez leurs clients.
| Population | Opérationnels au 31 août 2026 | Projection au 30 septembre 2026 |
|---|---|---|
| Clients en tenue comptable | 73 % | 85 % |
| Clients en révision | 74 % | 84 % |
Ces taux collent assez bien aux 70 % annoncés par le ministre, ce qui est plutôt rassurant sur la fiabilité des deux mesures. L'enquête montre surtout que les cabinets, eux, sont prêts :
- 98 % des cabinets ont choisi leur propre plateforme agréée
- 95 % ont déployé la solution en interne
- 92 % ont fait signer le mandat de délégation à leurs clients
- 83 % ont choisi les plateformes de leurs clients
Autrement dit, l'écart entre 98 % de cabinets équipés et 73 % de clients opérationnels n'est pas un problème d'outil. C'est un problème de dernier kilomètre : la signature, l'activation, la validation côté entreprise. L'enquête le confirme en creux, puisque 32 % des TPE et PME citent le manque d'information comme leur principal frein, loin devant le coût ou la technique. Si vous en êtes là, notre guide de la facturation électronique reprend le mécanisme de zéro.
3. La courbe d'inscription à l'annuaire, semaine par semaine
Le 2 septembre, aux Universités d'été de l'Ordre Paris Île-de-France, Sébastien Rabineau, directeur du projet facturation électronique à la DGFiP, a montré la progression des inscriptions à l'annuaire central sur les semaines précédant l'échéance. C'est la seule série temporelle publique dont on dispose.
Lecture : chaque point marque une position sur un axe tronqué de 50 à 75 %, pas une longueur. Ligne en gras, l'entrée en vigueur de l'obligation de réception. Point creux, la mesure du ministère au 16 septembre, dont le périmètre diffère légèrement des relevés DGFiP qui précèdent. Les mentions « +7 j », « +2 j », « +15 j » rappellent l'écart entre deux relevés : les paliers ne sont pas réguliers.
Le détail chiffré, semaine par semaine :
| Date | Entreprises inscrites à l'annuaire | Progression depuis la ligne précédente |
|---|---|---|
| 16 août 2026 | 55 % | Référence |
| 23 août 2026 | 58 % | +3 points |
| 30 août 2026 | 63 % | +5 points |
| 1er septembre 2026 | 66 % | +3 points en 2 jours |
| 16 septembre 2026 | 70 % | +4 points en 15 jours |
Attention à la nature des mesures : les valeurs jusqu'au 1er septembre comptent les inscriptions à l'annuaire (DGFiP, présentées le 2 septembre), celle du 16 septembre compte les entreprises ayant désigné une plateforme (ministère). Les deux indicateurs sont proches sans être identiques, la dernière progression est donc à lire comme un ordre de grandeur.
La lecture est nette : la courbe s'est emballée dans les derniers jours d'août, puis s'est aplatie après l'échéance. Le pic de mobilisation était clairement lié à la date butoir. Les 30 % restants ne sont pas des retardataires sur le point de basculer, ce sont pour beaucoup des entreprises qui n'ont pas encore compris qu'elles étaient concernées, ou qui pensent l'être seulement en 2027 parce qu'elles confondent réception et émission.
Sébastien Rabineau a aussi calmé le jeu sur un point qui inquiétait beaucoup de dirigeants : l'e-reporting ne concerne immédiatement que 11 000 entreprises. La transmission des données de transaction aux ventes vers les particuliers ou vers l'étranger n'est pas le sujet de la rentrée pour l'immense majorité des TPE. Si vous facturez des particuliers, notre page sur la facturation électronique sans TVA détaille ce qui vous concerne réellement.
4. Environ 150 plateformes immatriculées, zéro agrément définitif
C'est le point le plus mal compris de toute la réforme. Quand le ministre parle de « près de 150 plateformes agréées », il désigne des plateformes immatriculées à titre provisoire. Le décompte ci-dessous est l'état du registre au 14 septembre 2026, cohérent avec le chiffre annoncé par le ministre deux jours plus tard.
| Statut | Nombre | Ce que ça autorise |
|---|---|---|
| Candidates au registre | environ 165 | Dossier déposé, instruction en cours |
| Immatriculées à titre provisoire | environ 150 | Peuvent opérer et vous raccorder dès aujourd'hui |
| Encore en tests d'interopérabilité | 16 | Dossier instruit, immatriculation pas encore prononcée |
| Agrément définitif | 0 | Aucune plateforme n'a encore franchi la dernière étape |
L'immatriculation provisoire repose sur le dossier déclaratif de la plateforme : elle s'engage sur le respect du cahier des charges, et l'administration l'autorise à opérer. L'agrément définitif vient après, une fois l'ensemble des tests techniques validés de bout en bout. Personne ne l'a encore obtenu à ce stade. Les 16 plateformes restantes, elles, ne sont pas encore immatriculées du tout : elles terminent leurs tests d'interopérabilité avant de pouvoir opérer.
Concrètement, deux conséquences pour vous. D'abord, une plateforme immatriculée provisoirement est parfaitement utilisable, vous n'avez aucune raison d'attendre. Ensuite, sur cette grosse centaine et demie d'acteurs, tous n'iront pas au bout : le marché va se consolider, et changer de prestataire est un droit garanti par le cahier des charges. Notre guide sur comment changer de plateforme agréée détaille la procédure de réversibilité. Pour choisir, voyez la liste des plateformes agréées, le coût réel d'une plateforme et les offres gratuites disponibles.
5. Les trois frictions constatées au bout de quinze jours
Le bilan à quinze jours ne fait état d'aucune entreprise à l'arrêt. Pas de blocage massif, pas de plateforme tombée, pas de flux de facturation interrompu. Trois frictions reviennent en revanche systématiquement dans les retours de terrain, et elles ont toutes le même effet : la facture existe, mais elle n'arrive pas, donc elle n'est pas payée.
| Symptôme | Cause | Correction |
|---|---|---|
| La facture est rejetée par la plateforme | Données obligatoires manquantes ou format non conforme au socle | Compléter les mentions, réémettre au bon format |
| La facture part mais le client ne la reçoit jamais | Erreur d'adressage : la plateforme désignée dans l'annuaire n'est pas la bonne | Vérifier et corriger l'inscription annuaire du destinataire |
| Rien n'arrive dans votre espace | Compte créé chez une plateforme mais activation jamais finalisée | Terminer l'activation, valider le SIREN, tester un flux entrant |
Le troisième cas est le plus sournois, parce qu'il ne produit aucune alerte. Vous avez créé un compte en août, vous vous croyez conforme, et vous ne voyez rien arriver. Sauf que le silence peut aussi bien signifier « aucun fournisseur ne m'a encore facturé en électronique » que « mon compte ne reçoit rien ». La seule façon de trancher est de tester un flux entrant réel.
Le détail de chaque motif de rejet et la marche à suivre pour débloquer une facture sont dans notre article dédié : facture électronique rejetée ou non reçue. Et pour les données qui doivent figurer sur le document, voyez les mentions obligatoires d'une facture, notamment les quatre nouvelles mentions imposées par la réforme.
6. Suis-je en retard ? Le test en 5 points
Si vous faites partie des 30 % qui n'ont rien déclaré, la remise à niveau prend une à deux heures, pas un trimestre. Le test qui suit couvre l'intégralité de vos obligations de réception au 17 septembre 2026.
Si une seule case reste vide, voici l'ordre dans lequel régler la situation.
Les micro-entrepreneurs sont concernés au même titre, y compris en franchise en base de TVA : notre guide facturation électronique pour l'auto-entrepreneur reprend le cas de A à Z. Et si le vocabulaire vous perd encore, la page PDP, PPF et OD : quelles différences remet chaque acteur à sa place.
7. Aucune sanction jusqu'au 31 décembre 2026 : ce que ça couvre
David Amiel l'a confirmé le 16 septembre : aucune sanction ne sera appliquée aux entreprises de bonne foi jusqu'au 31 décembre 2026. C'est une bonne nouvelle, à condition de comprendre ce qu'elle recouvre et ce qu'elle ne recouvre pas.
| Ce que la tolérance couvre | Ce qu'elle ne couvre pas |
|---|---|
| Les pénalités pour défaut de plateforme de réception | L'obligation elle-même, qui reste en vigueur depuis le 1er septembre |
| Les amendes pour facture non conforme émise de bonne foi | Les manquements délibérés ou répétés après information |
| Les erreurs de format et d'adressage en phase de démarrage | Les conséquences commerciales : factures non reçues, donc non payées |
| Les retards d'activation liés aux plateformes | Les règles de TVA, de délais de paiement et de conservation |
La notion de bonne foi n'est pas une case à cocher. Une entreprise qui a ouvert un compte, engagé la démarche et rencontre des difficultés techniques est de bonne foi. Une entreprise qui n'a rien fait et ne fera rien avant janvier ne l'est pas de la même façon. Le barème complet des pénalités applicables une fois la période de tolérance terminée est détaillé dans notre page sanctions et amendes de la facturation électronique.
8. Ce qui vous attend : 1er janvier et 1er septembre 2027
Deux échéances structurent les douze prochains mois. La première est la moins commentée, et c'est pourtant celle que la DGFiP présente comme le vrai basculement pour les petites entreprises.
| Date | Ce qui change | Qui est concerné |
|---|---|---|
| 1er septembre 2026 | Réception obligatoire des factures électroniques | Toutes les entreprises assujetties à la TVA |
| 1er septembre 2026 | Émission obligatoire | Grandes entreprises et ETI |
| 31 décembre 2026 | Fin de la tolérance sur les sanctions | Toutes les entreprises |
| 1er janvier 2027 | Fin du régime simplifié de TVA | Les entreprises au réel simplifié |
| 1er septembre 2027 | Émission obligatoire | TPE, PME et micro-entreprises |
La fin du régime simplifié de TVA au 1er janvier 2027 fera passer des entreprises qui déclaraient une fois par an à un rythme mensuel ou trimestriel. L'effet est très concret : la comptabilité ne peut plus être rattrapée en fin d'exercice, elle doit être tenue au fil de l'eau. Pour beaucoup de TPE qui fonctionnaient encore avec une boîte à chaussures, c'est un changement d'organisation plus lourd que la facturation électronique elle-même.
L'émission obligatoire au 1er septembre 2027 est l'échéance qu'il faut préparer maintenant, pas en juillet 2027. Les 85 000 entreprises qui émettent déjà volontairement ont raison sur un point : émettre en électronique révèle les données manquantes de votre base client, et corriger une base client prend des mois. Le format hybride retenu par la plupart des TPE est détaillé dans notre page Factur-X, et le fonctionnement complet d'une plateforme dans plateforme agréée : comment ça marche.
9. Questions fréquentes
Sources
- AFP via Boursorama, 16 septembre 2026 : déclarations de David Amiel au 81e congrès de l'Ordre (70 % d'entreprises raccordées, 5 millions de factures, 15 milliards d'euros, absence de sanction jusqu'au 31 décembre 2026)
- Archimag, 17 septembre 2026 : volumétrie des échanges et nombre d'entreprises émettrices
- Conseil national de l'Ordre des experts-comptables, enquête flash du 3 septembre 2026 : 3 083 répondants, taux de clients opérationnels et équipement des cabinets
- Le Monde du Chiffre, Universités d'été de l'Ordre Paris Île-de-France, 2 septembre 2026 : courbe d'inscription à l'annuaire et périmètre de l'e-reporting présentés par Sébastien Rabineau (DGFiP)
- impots.gouv.fr, la facturation électronique : calendrier officiel, formats du socle et accès au registre des plateformes agréées, relevé au 14 septembre 2026
- Option Finance, 3 septembre 2026 : reprise détaillée de l'enquête flash de l'Ordre et état d'équipement des cabinets
Article publié le 17 septembre 2026. Les chiffres cités sont ceux communiqués entre le 2 et le 17 septembre 2026. Les taux de rejet par format et les taux d'émission par taille d'entreprise qui circulent sur certains sites comparatifs n'ont pas été retrouvés dans une source officielle : ils ne sont pas repris ici.