Facture électronique rejetée ou non reçue : les causes et comment la corriger

Depuis le 1er septembre 2026, une facture entre entreprises ne part plus par e-mail : elle transite par une plateforme, qui la contrôle avant de la remettre. Résultat, un nouveau type d'incident est apparu dans les TPE et les PME. La facture revient en "rejetée" sans explication claire, ou pire, elle semble partie et le client jure n'avoir rien reçu. Voici comment identifier la cause en quelques minutes, corriger, et limiter les dégâts sur le paiement et sur la TVA.

Facture électronique rejetée : identifier la cause et corriger
Sommaire

En bref : rejetée, refusée ou jamais arrivée

Une facture électronique bloque pour trois raisons : des données manquantes ou un format non conforme, une erreur d'adressage dans l'annuaire, un compte destinataire créé mais jamais activé. Premier réflexe, avant d'appeler qui que ce soit : ouvrez le statut de la facture sur votre plateforme émettrice. Il dit lequel des trois cas vous concerne.
5 millions
de factures échangées en 15 jours
15 Md€
de montant transmis sur la période
30 %
des assujettis n'ont désigné aucune plateforme
~150
plateformes agréées immatriculées
4 statuts
obligatoires dans le cycle de vie
31 déc. 2026
aucune sanction jusqu'à cette date

1. Rejet technique et refus du client : deux choses différentes

Le vocabulaire de la réforme distingue deux événements que tout le monde appelle "rejet" au téléphone. Les confondre fait perdre des jours, parce que la correction n'est pas la même et parce que les conséquences juridiques divergent.

?
Rejet : définition
Blocage technique prononcé par une plateforme agréée : un contrôle de format ou de cohérence des données échoue, la facture n'est pas transmise et n'atteint jamais le destinataire. Elle est réputée non émise.
?
Refus : définition
Décision commerciale du client destinataire : la facture lui est bien parvenue, il la conteste sur le fond (prestation non réalisée, montant erroné, mauvais destinataire) et la renvoie au statut refusée.

La différence est simple à retenir : un rejet vient de la machine, un refus vient d'un humain. Un rejet se corrige en reprenant la facture et en la redéposant, sans avoir à annuler quoi que ce soit, puisque au sens légal aucune facture n'a circulé. Un refus, lui, porte sur une facture qui existe : selon le motif, vous émettez un avoir puis une nouvelle facture, ou vous discutez avec votre client avant de rien faire.

  Rejet (technique) Refus (métier)
Qui décide La plateforme agréée Le client destinataire
Motif Format, mention manquante, incohérence Fond : prestation, prix, destinataire
La facture est-elle arrivée ? Non, jamais Oui
Correction Corriger et redéposer, même numéro possible Avoir puis nouvelle facture, ou accord amiable
Délai de paiement Ne court pas Court, sauf contestation fondée
TVA déductible pour le client Non Suspendue le temps du litige
À RETENIR
Avant d'appeler votre client, regardez le statut. Si la facture est en rejet, il ne sert à rien de le relancer : il n'a rien reçu et n'y peut rien. Si elle est en refus, le sujet est commercial, pas informatique.

2. Le cycle de vie d'une facture et ses statuts

Une facture électronique n'est plus un document qu'on envoie et qu'on oublie. Elle porte un statut qui évolue, remonté par les plateformes tout au long du trajet. Quatre statuts sont obligatoires dans le dispositif français, et ce sont eux qui vous disent où en est la facture.

Statut Ce qu'il signifie Ce que vous devez faire
Déposée La facture est entrée dans le circuit, votre plateforme l'a prise en charge Rien, attendre le statut suivant
Rejetée Un contrôle technique a échoué, la facture n'ira pas plus loin Lire le motif, corriger, redéposer
Refusée Le client a reçu la facture et la conteste Appeler le client, puis avoir ou nouvelle facture
Encaissée Le paiement est intervenu Lettrer, et pour les prestations de services, déclarer la TVA

Entre ces quatre jalons, les plateformes remontent souvent des statuts complémentaires, non obligatoires mais très utiles au quotidien : "mise à disposition" quand la facture est posée chez le destinataire, "prise en charge" quand son système l'a intégrée, "approuvée" quand elle est bonne pour paiement. Si votre plateforme les affiche, servez-vous-en : ils localisent le point de blocage beaucoup plus finement que les quatre statuts du socle.

Ce système de suivi n'est pas une nouveauté absolue. Les entreprises qui facturent le secteur public le connaissent depuis des années avec Chorus Pro, dont les statuts suivent la même logique de dépôt, de prise en charge et de mise en paiement. Notre guide Chorus Pro détaille ce circuit, qui reste en vigueur pour les factures adressées à l'État et aux collectivités.

À RETENIR
Le statut fait foi. Une facture que vous avez éditée, imprimée et archivée n'est pas une facture émise si son statut n'a jamais dépassé rejetée. La preuve de l'émission est désormais dans le cycle de vie, pas dans votre dossier.

3. Les trois causes de blocage constatées depuis le 1er septembre

Les trois causes de blocage d'une facture électronique et leur correction

Au bilan des quinze premiers jours, dressé le 16 septembre par le ministre chargé des comptes publics, aucune défaillance générale n'a été signalée. Ce qui bloque les TPE relève d'autre chose : des grains de sable de paramétrage, qui arrêtent une facture ou un flux entier jusqu'à ce que quelqu'un regarde au bon endroit. Trois familles reviennent.

Cause 1 : données manquantes ou format non conforme

La facture part, la plateforme la contrôle, un champ obligatoire manque ou la structure du fichier ne correspond pas au socle attendu. C'est le cas le plus fréquent et aussi le plus facile à traiter, parce que le motif de rejet est explicite. Il touche surtout les entreprises qui ont conservé un outil de facturation non raccordé et qui fabriquent leurs fichiers à la main ou par export.

Cause 2 : erreur d'adressage dans l'annuaire

Celle-là est perverse, parce que rien ne semble anormal côté émetteur. La facture est acceptée, transmise, et se retrouve dans une plateforme que le destinataire n'utilise pas. En cause : une désignation erronée ou jamais mise à jour dans l'annuaire central. Une entreprise qui a testé une plateforme au printemps, s'y est déclarée, puis en a choisi une autre sans corriger sa désignation continue de recevoir ses factures dans le premier compte, qu'elle n'ouvre plus. Notre guide sur le changement de plateforme agréée détaille ce point : la mise à jour de l'annuaire est l'étape que tout le monde oublie.

COMMENT VÉRIFIER L'ADRESSE DE VOTRE CLIENT
Vous n'interrogez pas l'annuaire central vous-même : c'est votre plateforme agréée qui le fait, au moment du dépôt. Deux gestes concrets. Dans votre plateforme, ouvrez la fiche du destinataire et regardez quel opérateur remonte. Si rien ne remonte, demandez directement au client son identifiant de réception, c'est-à-dire le SIREN ou le SIRET qu'il a déclaré et le nom de la plateforme qui va avec.

Cause 3 : compte créé mais activation jamais finalisée

Le scénario le plus frustrant. Le dirigeant a suivi les recommandations, ouvert un compte chez une plateforme au printemps, coché la case mentale "c'est fait". Sauf que l'inscription n'a jamais été menée à son terme : validation du SIREN, mandat de délégation non signé, raccordement non confirmé. L'entreprise se croit prête et ne reçoit rien. Ce cas explique une bonne partie des "je n'ai jamais reçu ta facture" entendus depuis deux semaines.

Le tableau ci-dessous reprend ces trois causes, la variante de format de la première, et le cas particulier du client qui n'a désigné aucune plateforme.

Cause Symptôme visible Où regarder Correction
Données manquantes Statut "rejetée", motif détaillé Journal des rejets de votre plateforme Compléter la fiche client ou la facture, redéposer
Format non conforme Statut "rejetée" dès le dépôt Paramétrage d'export de votre logiciel Émettre en Factur-X, UBL ou CII via un outil raccordé
Erreur d'adressage annuaire Facture "transmise", client qui ne voit rien Désignation du destinataire dans l'annuaire Le client corrige sa désignation, vous renvoyez
Compte non activé Aucun flux entrant depuis le 1er septembre Espace client de la plateforme du destinataire Finaliser l'activation et le mandat, vérifier le SIREN
Aucune plateforme désignée Rejet à l'adressage, destinataire introuvable Annuaire central Le client choisit et déclare une plateforme

Ce dernier cas n'est pas marginal. Au 16 septembre 2026, 70 % des 4 millions d'entreprises assujetties à la TVA avaient désigné leur plateforme de réception. Autrement dit, près d'un tiers de vos clients professionnels n'ont aujourd'hui aucune adresse valide dans le système : rien ne peut leur arriver, quoi que vous fassiez de votre côté. Pour retrouver un opérateur ou vérifier le vôtre, voyez notre liste des plateformes agréées, qui recense les opérateurs immatriculés.

⚠ ATTENTION
Un client qui n'a désigné aucune plateforme n'est pas un client de mauvaise volonté : il ignore souvent que la démarche existe. C'est à vous, ou à votre expert-comptable, de lui expliquer qu'il doit choisir une plateforme de réception, même s'il est en franchise de TVA et n'émettra rien avant septembre 2027.

4. Les mentions dont l'absence fait rejeter une facture

La réforme a ajouté des mentions obligatoires aux mentions classiques de l'article 242 nonies A de l'annexe II au Code général des impôts. Ces nouvelles données ne sont pas décoratives : elles servent au routage et aux contrôles automatiques. Si elles manquent, le fichier ne passe pas.

Mention À quoi elle sert Ce qui se passe si elle manque
Numéro SIREN du client Identifier le destinataire et le router dans l'annuaire Rejet immédiat, la facture n'a pas d'adresse
SIRET et code service du client Viser le bon établissement, voire le bon service, chez un grand compte Facture routée vers le siège au lieu de l'agence qui a commandé
Catégorie d'opération Distinguer livraison de biens, prestation de services ou opération mixte Rejet ou contrôle TVA en échec, l'exigibilité n'est pas calculable
Adresse de livraison Localiser la livraison quand elle diffère de l'adresse de facturation Rejet sur les ventes de biens multi-sites
Option paiement de la TVA sur les débits Indiquer le régime d'exigibilité retenu Incohérence de TVA, facture non conforme

La catégorie d'opération est celle qui surprend le plus. Une entreprise qui vend un matériel et facture son installation sur la même facture est en opération mixte, pas en prestation de services. Un paramétrage par défaut mal choisi dans le logiciel provoque alors des rejets en série, toujours sur le même type de facture. Le détail complet de ce qui doit figurer sur le document est dans notre page sur les mentions obligatoires d'une facture.

Le SIRET mérite une mention à part. Le SIREN identifie l'entreprise, le SIRET identifie l'établissement. Chez un grand compte organisé en agences ou en directions, l'adressage se fait à la maille établissement, parfois complété d'un code service, exactement comme sur Chorus Pro. Facturer le siège quand la commande vient d'une agence ne provoque pas toujours un rejet : la facture part, arrive dans un service qui ne la reconnaît pas, et personne ne la paie. Demandez donc le SIRET de facturation, pas seulement le SIREN.

À ces nouveautés s'ajoutent les causes de rejet plus banales, qui n'ont rien à voir avec la réforme mais que les plateformes détectent désormais systématiquement : un total TTC qui ne correspond pas à la somme des lignes, un taux de TVA absent sur une ligne, un numéro de facture déjà utilisé, une date de prestation antérieure à la date de création du client. Auparavant, ces erreurs passaient et se réglaient au téléphone. Maintenant, elles arrêtent le flux.

À RETENIR
La plupart des rejets pour mention manquante ne viennent pas de la facture elle-même mais de la fiche client : SIREN absent, adresse de livraison jamais renseignée. Une heure passée à nettoyer votre base clients élimine l'essentiel du problème pour de bon.
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5. Facture rejetée : la marche à suivre

Le réflexe naturel est d'appeler le client. C'est le pire moment pour le faire : vous n'avez encore aucune information à lui donner. Suivez plutôt cet ordre, qui résout la majorité des cas en moins de quinze minutes.

1
Ouvrez le motif de rejet
Sur votre plateforme, chaque rejet porte un code et un libellé. Il désigne le champ en cause. Ne cherchez pas ailleurs tant que vous ne l'avez pas lu.
2
Vérifiez si le rejet est isolé ou systématique
Une seule facture en rejet : erreur de saisie. Toutes les factures d'un même client : fiche client incomplète. Toutes les factures depuis une date : paramétrage ou mise à jour logicielle.
3
Corrigez à la source, pas sur la facture
Si le SIREN du client manque, complétez la fiche client avant de reprendre la facture. Sinon le rejet reviendra sur la suivante.
4
Redéposez la facture
Une facture rejetée n'ayant jamais été émise, vous pouvez réutiliser le même numéro, à condition que votre logiciel le permette : certains verrouillent la séquence dès le premier dépôt. Dans ce cas, prenez le numéro suivant et conservez le motif de rejet à l'appui de la rupture de séquence. Pas besoin d'avoir ni de note de crédit.
5
Confirmez le nouveau statut
Attendez de voir la facture passer au-delà de déposée. Tant qu'elle n'est pas mise à disposition du client, le dossier n'est pas clos.
6
Prévenez le client si le délai dérape
Au-delà de quelques jours, un mot au client évite qu'il découvre une facture datée d'il y a trois semaines au moment de payer.
⚠ ATTENTION
N'émettez pas d'avoir pour corriger un rejet. Un avoir annule une facture qui existe : ici, aucune facture n'a circulé. Créer un avoir sur une facture jamais transmise déséquilibre votre comptabilité et complique la piste d'audit.

Traduire les libellés de rejet les plus courants

Les messages affichés varient d'un opérateur à l'autre, mais ils recouvrent toujours les mêmes contrôles. Voici comment les lire.

Libellé affiché Ce que ça veut dire Ce que vous corrigez
Identifiant destinataire inconnu dans l'annuaire Le SIREN ou le SIRET saisi n'a pas de plateforme déclarée Fiche client, puis appel au client s'il n'a rien désigné
Validation de schéma en échec Votre fichier n'est pas un vrai Factur-X, UBL ou CII Paramétrage d'export de votre logiciel
Incohérence des totaux HT, TVA, TTC Arrondis ou remise non répercutée sur une ligne Reprendre la facture ligne à ligne
Taux de TVA absent sur une ligne Ligne créée sans code TVA Fiche article ou saisie manuelle
Catégorie d'opération absente ou invalide Champ laissé vide ou mal paramétré par défaut Paramétrage du logiciel, par type de facture
Numéro de facture déjà transmis Doublon : la première est peut-être passée Vérifier le statut de la première avant de redéposer

Si le motif de rejet reste incompréhensible, ou si les rejets se répètent sans que vous trouviez le champ en cause, le problème vient presque toujours du format produit par votre logiciel. Vérifiez qu'il émet bien en Factur-X, UBL ou CII, et non un simple PDF renommé. Notre comparatif des logiciels de facturation agréés indique pour chaque outil s'il est raccordé nativement.

Et si la panne vient de la plateforme ?

Troisième hypothèse, plus rare mais réelle : ni vous ni votre client n'êtes en cause, c'est l'opérateur qui a un incident. Le signe qui ne trompe pas : toutes vos factures restent bloquées au même statut depuis la même heure, quel que soit le client. Réflexe en deux temps, consulter la page de statut de service de votre plateforme, puis ouvrir un ticket support en conservant l'horodatage. Le contrat que vous avez signé avec elle fixe un délai de rétablissement : c'est le document à relire ce jour-là. Les factures adressées au secteur public, elles, continuent de passer par Chorus Pro, décrit dans notre guide dédié.

6. "Mon client n'a rien reçu" : ce qu'il faut vérifier

Cas de figure différent : la facture n'est pas en rejet, elle est partie, et le client affirme ne rien voir. Le plus souvent, le problème est chez lui, mais vous avez tout intérêt à le prouver avant d'en discuter. Passez cette liste dans l'ordre.

Facture partie, client qui ne voit rien : à vérifier
Le statut exact sur votre plateforme émettrice : déposée, transmise, mise à disposition ou rejetée
Le SIREN et surtout le SIRET que vous avez utilisés : visent-ils bien l'établissement qui vous a commandé, et non le siège
La plateforme désignée par votre client dans l'annuaire, et celle qu'il utilise vraiment au quotidien
L'activation effective de son compte : inscription finalisée, SIREN validé, mandat signé
Sa boîte de réception applicative, et pas seulement sa messagerie e-mail
L'existence d'un second compte chez un autre opérateur, vestige d'un test de printemps

La question à poser au client est très concrète : "sur quelle plateforme recevez-vous vos factures, et avez-vous bien terminé votre inscription ?". Beaucoup de dirigeants répondent avec le nom de leur logiciel de comptabilité, qui n'est pas forcément la plateforme désignée. C'est à ce moment que la troisième cause de blocage apparaît en général.

Si le client découvre qu'il n'a jamais rien désigné, il doit choisir une plateforme de réception avant que vous ne puissiez lui adresser quoi que ce soit. Cette obligation vaut aussi pour les micro-entrepreneurs et les entreprises en franchise de TVA, ce qui étonne encore beaucoup de monde : voyez nos guides sur la facturation électronique de l'auto-entrepreneur et sur la facturation électronique sans TVA. Il existe des offres gratuites de réception seule, détaillées dans notre page sur la plateforme agréée gratuite.

Ce que vous pouvez faire ce soir pour être payé

En attendant que votre client régularise, envoyez-lui une copie PDF par e-mail, clairement identifiée comme copie de courtoisie, avec la date de votre première tentative de transmission. Cette copie ne remplace pas la facture électronique et ne vaut pas émission au sens de la réforme : elle sert à déclencher la conversation et, en cas d'impayé, à documenter votre diligence. Conservez en parallèle la capture du statut et du motif de rejet, c'est votre preuve datée. Puis redéposez la facture par le circuit officiel dès que le client a désigné sa plateforme.

À RETENIR
Gardez une trace de ces échanges. Un client qui n'a pas désigné de plateforme reste redevable du paiement : ce n'est pas parce qu'il n'a pas vu la facture qu'il ne la doit pas. Mais il faudra pouvoir montrer que vous avez tenté de la transmettre et à quelle date.

7. Conséquences sur le paiement, la TVA et la piste d'audit

Un rejet n'est pas qu'un désagrément technique. Il déplace le point de départ de plusieurs compteurs, et c'est là que ça coûte de l'argent.

Sur le délai de paiement et le recouvrement

Une facture rejetée est réputée non transmise. Le délai de paiement convenu, plafonné à 60 jours à compter de l'émission ou 45 jours fin de mois par l'article L. 441-10 du Code de commerce, ne commence à courir qu'à la transmission effective. Une facture bloquée trois semaines, c'est trois semaines de trésorerie perdues, et, lorsque le délai a été convenu par écrit, aucune pénalité de retard exigible sur cette période. En cas de contentieux, la capacité à produire la preuve de la transmission devient centrale : le cycle de vie de la facture fait office de preuve datée, ce que ne faisait jamais un e-mail.

Attention à la nuance, elle concerne beaucoup de freelances et de TPE : si aucun délai n'a été convenu par écrit, le délai légal est de 30 jours à compter de la réception des marchandises ou de l'exécution de la prestation, indépendamment de la date de facture. Dans ce cas, le blocage ne repousse pas l'échéance, il vous prive seulement de la pièce utile pour réclamer.

Un cas concret pour fixer les idées. Facture de 4 800 euros HT bloquée le 3 septembre pour SIREN client absent, motif lu le 10, corrigée et redéposée le 11 : huit jours de trésorerie décalés, une relance de plus à passer, et, s'il s'agit d'une livraison de biens, une TVA collectée de 960 euros qui bascule sur la déclaration suivante. Pour une facture. Multipliez par le nombre de clients dont la fiche est incomplète.

Sur la déduction de la TVA par votre client

La déduction suppose une facture régulière détenue par le client. S'il n'a rien reçu, il ne peut rien comptabiliser ni rien déduire. Le problème apparaît presque toujours au moment de la déclaration : le client constate un écart, remonte la chaîne et vous appelle. Corrigez donc avant la déclaration de TVA de la période, faute de quoi la facture bascule sur le mois suivant avec un décalage à expliquer des deux côtés.

Sur la piste d'audit fiable

La piste d'audit fiable exige de pouvoir relier chaque facture à l'opération économique qui la justifie, de la commande au paiement. Des factures rejetées puis redéposées sous un autre numéro, des avoirs émis à tort pour "annuler" un rejet, des doublons créés par un second dépôt : ce sont exactement les trous que l'administration cherche en contrôle. La règle de survie tient en une ligne : un rejet se corrige, il ne se contourne pas. Sur l'archivage de tout cela, voyez notre guide sur la durée de conservation des factures.

⚠ ATTENTION
Le risque le plus coûteux d'une facture rejetée n'est pas fiscal, il est commercial. Une facture qui n'arrive pas n'est pas payée, et personne ne s'en aperçoit avant la relance. Contrôlez vos statuts chaque semaine, pas chaque trimestre.

8. La tolérance jusqu'au 31 décembre 2026, et ses limites

Bonne nouvelle pour ceux qui accumulent les rejets depuis deux semaines : aucune sanction ne sera appliquée aux entreprises de bonne foi jusqu'au 31 décembre 2026. Le ministre chargé des comptes publics David Amiel l'a confirmé le 16 septembre 2026 devant le 81e congrès de l'Ordre des experts-comptables, en dressant le bilan des quinze premiers jours : 5 millions de factures échangées pour plus de 15 milliards d'euros, près de 150 plateformes agréées, un démarrage qu'il a jugé au-delà des attentes.

Cette tolérance porte sur les sanctions propres à la réforme, celles détaillées dans notre page sur les sanctions et amendes de la facturation électronique. Elle ne suspend pas trois choses.

  • Les règles de facturation de droit commun. L'obligation d'émettre une facture dès la réalisation de l'opération (article 289 du Code général des impôts) et l'amende de 15 euros par mention manquante ou inexacte prévue à l'article 1737 du CGI, plafonnée au quart du montant de la facture, restent applicables.
  • Les obligations de TVA. Déclarer et payer la TVA à la bonne période n'a rien à voir avec la réforme et ne bénéficie d'aucune tolérance.
  • Le risque commercial. Aucune administration ne vous sanctionnera pour une facture rejetée, mais aucune ne vous la paiera non plus. Un impayé reste un impayé.

La prochaine échéance est le 1er septembre 2027, date à laquelle l'émission devient obligatoire pour les TPE, les PME et les micro-entreprises. Entre les deux, le 1er janvier 2027 marque la fin du régime simplifié de TVA, changement qui concerne directement beaucoup de petites structures. Autrement dit, la période actuelle est une fenêtre pour régler les problèmes de paramétrage sans risque de pénalité. Elle ne durera pas.

Ce que les cabinets ont déjà réglé pour leurs clients

L'enquête flash de l'Ordre des experts-comptables du 3 septembre 2026, menée auprès de 3 083 professionnels, donne une idée de l'écart entre les entreprises accompagnées et les autres : 98 % des cabinets avaient choisi leur plateforme et 92 % avaient fait signer le mandat de délégation à leurs clients. Résultat, 73 % des clients de cabinets en tenue étaient opérationnels au 31 août, quand 30 % de l'ensemble des assujettis n'avaient toujours pas désigné de plateforme à la mi-septembre.

Le mandat de délégation est précisément ce qui évite les deux dernières causes de blocage : c'est le cabinet qui déclare la plateforme dans l'annuaire, finalise l'activation et surveille les statuts. Si vous passez vos soirées à décoder des codes de rejet, c'est probablement le signe que cette délégation n'a pas été mise en place. Notre guide de la lettre de mission explique comment cette prestation s'inscrit dans le périmètre convenu avec votre cabinet, et notre page guide de la facturation électronique reprend le fonctionnement complet du dispositif.

Pour le recul chiffré sur ce démarrage, avec les chiffres officiels du ministère et l'enquête de l'Ordre des experts-comptables, lisez notre premier bilan de la facturation électronique.

9. Questions fréquentes

Quelle différence entre une facture rejetée et une facture refusée ?
Le rejet est technique : la plateforme agréée bloque la facture parce qu'un contrôle de format ou de données échoue, par exemple un SIREN client absent ou un total incohérent. Le refus est commercial : la facture est bien arrivée chez votre client, qui la conteste sur le fond (mauvais destinataire, prestation contestée, prix erroné). Une facture rejetée n'a jamais atteint le client, une facture refusée si.
Une facture rejetée est-elle valable juridiquement ?
Non. Une facture rejetée est réputée non transmise : elle n'existe pas dans le circuit de facturation électronique. Tant qu'elle n'est pas corrigée et redéposée avec succès, le délai de paiement ne court pas, votre client ne peut pas déduire la TVA correspondante et la créance est difficile à recouvrer. Le numéro de facture initial peut être réutilisé puisque aucune facture n'a été émise au sens légal.
Mon client dit ne pas avoir reçu ma facture électronique, que faire ?
Faites trois vérifications dans l'ordre. D'abord le statut de la facture sur votre plateforme émettrice. Si elle est en rejet, lisez le motif, il dira si le problème est dans votre facture ou dans l'adresse de votre client. Ensuite la désignation de votre client dans l'annuaire : s'il a indiqué une autre plateforme que celle qu'il utilise réellement, la facture part au mauvais endroit. Enfin l'activation de son compte : beaucoup d'entreprises ont ouvert un compte sans finaliser l'activation et ne voient donc rien arriver.
Quelles mentions manquantes provoquent le rejet d'une facture électronique ?
Trois mentions nouvelles concentrent l'essentiel des rejets : le numéro SIREN du client, la catégorie d'opération (livraison de biens, prestation de services ou opération mixte) et l'adresse de livraison quand elle diffère de l'adresse de facturation. S'y ajoutent les causes classiques : format non conforme au socle Factur-X, UBL ou CII, totaux qui ne s'additionnent pas, taux de TVA absent sur une ligne.
Est-ce que je risque une amende si mes factures sont rejetées en 2026 ?
Non pour les entreprises de bonne foi. Le ministre chargé des comptes publics David Amiel a confirmé le 16 septembre 2026, au congrès de l'Ordre des experts-comptables, qu'aucune sanction de la réforme ne sera appliquée jusqu'au 31 décembre 2026. Cette tolérance ne couvre ni les règles de facturation de droit commun, ni le risque commercial d'une facture impayée parce qu'elle n'est jamais arrivée.
Mon client peut-il déduire la TVA d'une facture rejetée ?
Non. La déduction de la TVA suppose une facture régulière détenue par le client. Une facture bloquée en rejet n'est jamais parvenue à son système : il n'a rien à comptabiliser et rien à déduire. C'est souvent le client qui détecte le problème en fin de mois, quand sa déclaration de TVA ne tombe pas juste. La correction doit intervenir avant la déclaration de la période concernée.
Combien de temps ai-je pour corriger une facture rejetée ?
Aucun délai spécifique n'est fixé par la réforme, mais deux contraintes s'imposent en pratique. La facture doit être émise dès la réalisation de la livraison ou de la prestation selon l'article 289 du Code général des impôts, et elle doit être transmise avant la déclaration de TVA de la période pour que l'exigibilité soit correctement déclarée. En clair : corrigez et redéposez dans la semaine, pas à la clôture.

Sources

Article publié le . Les chiffres de démarrage (5 millions de factures, 15 milliards d'euros, 70 % de désignations, près de 150 plateformes agréées) proviennent des déclarations de David Amiel, ministre chargé des comptes publics, le 16 septembre 2026 au 81e congrès de l'Ordre des experts-comptables. Les taux de rejet chiffrés qui circulent sur des sites comparatifs ne sont à ce jour confirmés par aucune source officielle : nous ne les reprenons pas.

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LEC
Rédigé par la rédaction Les Experts Comptables · relu par un expert-comptable membre de l'Ordre
Méthodologie : documentation officielle impots.gouv.fr et economie.gouv.fr, textes du Code général des impôts et du Code de commerce, enquête flash de l'Ordre des experts-comptables du 3 septembre 2026 et déclarations ministérielles du 16 septembre 2026. Les taux de rejet non sourcés officiellement ont été écartés. Aucun classement sponsorisé. Notre comparateur